Après 13 ans comme président des Alouettes de Montréal, Larry Smith annonce qu’il quittera ses fonctions à la fin de la saison. C’est un immense morceau du football québécois qui se retirera à ce moment.

C'est un immense morceau que perdent les Alouettes en Larry Smith (Photo: La Presse)
Bien qu’il se soit fait plus timide dans les deux dernières années, Smith est le grand responsable de succès des Alouettes à Montréal. Il ne faut pas oublier que le déménagement de la franchise des Stallions de Baltimore, gagnante de la coupe Grey en 1995, n’a pas été un succès dès le début. L’équipe évoluait au Stade olympique, beaucoup trop grand pour la Ligue canadienne de football. Les nouveaux Alouettes peinaient à attirer 10 000 personnes aux parties.
C’est à ce moment que le plus bel événement de la jeune histoire de la franchise est arrivé : un concert de U2 empêche la tenue d’un match des séries éliminatoires au Stade olympique. Les Als déménagent leurs pénates dans le désuet Stade Percival-Molson. Succès! Une excellente foule se pointe à la rencontre et c’est à partir de ce moment que l’équipe s’est envolée vers les sommets de la LCF. La solution était simple : il fallait jouer dehors et dans un endroit plus petit.
Si, jusque-là, Larry Smith avait eu bien peu à faire avec ce succès, c’est à ce moment qu’il s’est mis au travail : le succès des campagnes des promotions de l’équipe se reflétait aux guichets alors que le petit Stade Molson était à sa pleine capacité pour chaque rencontre. Président de l’équipe, Smith est devenu la voix des Alouettes, parce que, contrairement à presque tous les acteurs de la formation, l’ancien Gaiters s’exprime dans un français impeccable. Son allure sympathique et sa façon d’interpeller la population ont fait de lui la face des Alouettes. En effet, alors que les joueurs ne font que passer dans les différentes équipes de la LCF, Smith a été le visage le plus reconnaissable de la franchise avec Anthony Calvillo et Ben Cahoon.

Avec le départ de Larry Smith, que restera-t-il des Alouettes lorsque ses deux autres figures de proue, Anthony Calvillo et Ben Cahoon, prendront leur retraite?
Les Als ont d’ailleurs réussi à tisser de forts liens avec la population, que ce soit par les tournées de hockey, les calendriers des meneuses de claques, ou encore de l’implication des joueurs dans la communauté. D’ailleurs, ce succès s’est reflété dans l’explosion des inscriptions et du nombre d’équipe de football au Québec. S’il se joue autant de parties de ballon ovale au Québec de nos jours, c’est bien grâce aux Alouettes dans l’ouest québécois et au Rouge et Or de Laval dans l’est.
Le succès des Alouettes me fait penser à celui que les Expos de Montréal ont connu dans les années 70 et 80. Tout comme les Oiseaux, les Expos ont dû s’impliquer au sein de la communauté pour obtenir du succès au guichet. Pour les deux sports, il y avait une certaine tradition au Québec, mais il y avait surtout beaucoup de travail à faire pour qu’une équipe professionnelle y soit rentable. Et comme avec les Expos, le succès des Alouettes est loin d’être coulé dans le béton. Si la franchise venait qu’à connaitre deux ou trois saisons perdantes, ne soyez pas étonné de voir des sièges vides à Percival-Molson. Je le répète : la tradition de football, comme celle de baseball, est loin d’être ancrée dans le cœur des Québécois. Il n’y a que celle du Canadien de Montréal qui le soit.
Remplacer Larry Smith sera une très difficile tâche pour le propriétaire Robert Wetenhall, qui devra s’assurer de trouver quelqu’un qui comprend la réalité du football dans la métropole, où aller voir une partie de football relève plus de l’événement que de la passion et où le degré de connaissance d’une grande partie des spectateurs envers le sport est plutôt faible.
Mis à part les coupes Grey, le plus grand exploit de Larry Smith est d’avoir transformé le vieux Stade Percival-Molson et ses 17 000 sièges pour en faire un beau stade de 25 000 places, rénové et capable de soutenir une équipe de la LCF. Montréal dispose d’un endroit parfait pour son équipe de football. D’ailleurs, les spectateurs semblent être en parfait accord : les 9 parties à domicile des Als ont été disputées devant des gradins bondés.
Il serait dommage que le prochain président de l’équipe ne puisse continuer le bon travail de Smith et que le beau château de sable que ce dernier a construit soit détruit. Oui, la tâche ne sera pas facile pour Robert Wetenhall.



