
La direction de l’Université de Montréal a créé tout un remous la semaine dernière en congédiant l’entraîneur en chef de son équipe de football Marc Santerre. Ce dernier avait accepté le poste il y a cinq ans, laissant derrière lui les multiples succès qu’il avait obtenus avec les Spartiates du Vieux-Montréal.
Je ne m’en cache pas, je ne suis aucunement un partisan des Carabins. L’attitude autour de cette équipe ne m’a jamais plu. Automatiquement, je n’ai jamais été un partisan de Santerre, et lorsque l’Université a annoncé sa décision, j’étais totalement en accord avec celle-ci.

Aucun doute, les joueurs des Carabins appréciaient Marc Santerre.
Mais face à la réaction des joueurs qui ont tenté de remettre les dirigeants de l’UdeM à leur place, je me suis interrogé sur la décision.
Santerre méritait-il d’être congédié ? Quand on regarde les résultats sur le terrain, le programme n’a jamais été capable de battre le Rouge et Or lors de la Coupe Dunsmore, emblème du championnat québécois. Même si on peut considérer les bleus comme le deuxième meilleur programme au Québec dans les cinq dernières années, en bout de ligne, il n’y a pas de bannière à afficher au CEPSUM.
Au niveau de la discipline, année après année, les Carabins ont été l’équipe la plus scélérate sur le terrain, championne du fanion jaune. La bagarre générale contre les Gaiters de Bishop’s en fin de saison aura été la dernière sous l’égide de Santerre, mais on peut penser à celle au milieu du terrain face au Rouge et Or il y a quelques années. Le club avait une image de hors-la-loi au sein de la conférence québécoise, ce qui n’est pas le genre d’image que l’Université tente d’afficher.

Les Carabins ne sont jamais parvenus à vaincre le Rouge et Or lors de la coupe Dunsmore.
Finalement, lors de la conférence de presse et les commentaires subséquents, on a clairement laissé entrevoir un problème au niveau des résultats académiques des joueurs. Est-ce que Santerre favorisait son équipe au profit des études de ses protégés? L’UdeM semble croire que oui, mais les joueurs ont clairement affirmé que non. Plusieurs ont tenu à souligner lors de leur point de presse que Santerre a joué le rôle de père avec eux, en leur donnant une opportunité d’étudier au niveau supérieur et de présenter des notes acceptables, ce qui n’aurait pas été le cas sans le programme de football. Certains ont même souligné qu’ils quitteraient le bateau dans le futur et qu’ils ne voulaient pas d’un autre entraîneur que Marc Santerre.
Il faut comprendre que l’ex-entraîneur a composé à travers les années avec des joueurs pas nécessairement faciles à diriger. Le programme de l’Université de Montréal a un mérite : donner la chance à des jeunes venant de milieux défavorisés d’obtenir une éducation universitaire grâce au football. Mais avec de tels joueurs, les problèmes d’attitude et de discipline sont fréquents. On est loin des étudiants modèles de familles riches de McGill. Inévitablement, les notes seront plus basses que la moyenne, mais il vaut mieux des notes moyennes à l’Université qu’aucune éducation universitaire. C’est ce que la direction de l’Université n’a pas compris.
Le parcours des Carabins de Montréal me fait penser à celui de l’Université de Miami dans les années 80. Je vous invite FORTEMENT à vous procurez le documentaire The U de Billy Corben qui a été diffusé sur ESPN (et TSN) dans le cadre de la série de documentaires 30 for 30. Une œuvre d’art en son genre.

Les Hurricanes de Miami ont renversé le paysage du football collégial dans les années 80. Une équipe indisciplinée, mais championne, contrairement aux Carabins.
Pour faire une histoire courte, l’entraîneur Howard Schnellenberger, dans le but d’améliorer le pitoyable programme de Miami, a décidé de recruter dans les quartiers pauvres et ghettos de la ville de Miami et de donner une chance à ces jeunes d’obtenir une éducation supérieure. La tactique a réussi et le programme est devenu en l’espace de quatre ans le meilleur au pays. Mais l’équipe est aussi devenue indisciplinée et arrogante parce que ces jeunes n’avaient pas reçu la même éducation dans la jeunesse que ceux des quartiers riches. Mais en fin de compte, ils ont tout de même été sortis de la rue et ont profité de leur chance unique.
La différence entre les deux programmes : les Hurricanes de Miami ont remporté des championnats, mais pas les Carabins. À mon avis, Santerre serait encore en poste s’il portait une bague au doigt.
Ce qui me trouble dans le renvoi de Marc Santerre, c’est de la façon que la décision a été prise : à la manière des fonctionnaires, comme si on avait décidé de modifier le menu de la cafétéria. Il manquait une touche d’humanité dans la façon de faire, et c’est ce qui explique la réaction des joueurs.
L’arrivée de Maciocia

Gagnant de la coupe Grey avec les Eskimos d'Edmonton, Danny Maciocia aura fort à faire pour obtenir la confiance de ses nouveaux joueurs.
Ce matin, les bonzes de l’UdeM ont annoncé, sans surprise, que Danny Maciocia prendra la place de Santerre. Le montréalais ne l’aura pas facile, alors que ses nouveaux joueurs ne l’apprécient déjà pas, ou du moins, n’apprécient pas la façon dont il a été nommé. Il aura fort à faire pour aller chercher la confiance de ses nouveaux protégés. De plus, je doute fortement qu’il puisse aider les jeunes au chapitre des études.
Ne vous attendez pas à une bonne saison 2011 pour les Carabins.
En terminant, je tiens à féliciter le Vert et Or de l’Université de Sherbrooke qui a chauffé les puissants Rouge et Or lors de la coupe Dunsmore. Toute une rencontre où les Sherbrookois sont venus bien près de causer la surprise de la décennie au football québécois.
Maintenant, souhaitons que le Rouge et Or ne s’effondre pas et qu’ils atteignent la coupe Vanier qui sera disputée devant leurs partisans.

