Retomber en amour avec le baseball

C’est lundi qu’a eu lieu une rencontre préparatoire entre l’ex-lanceur des majeurs Éric Gagné, l’ancien actionnaire des Expos Mark Routtenberg, le commissaire de la Ligue Can-Am Miles Wolff et plusieurs...

C’est lundi qu’a eu lieu une rencontre préparatoire entre l’ex-lanceur des majeurs Éric Gagné, l’ancien actionnaire des Expos Mark Routtenberg, le commissaire de la Ligue Can-Am Miles Wolff et plusieurs autres intervenants. Le but de la rencontre : poser les bases pour une éventuelle construction d’un stade de baseball à Montréal qui accueillerait une équipe de la Ligue Can-Am, les bureaux de Baseball Québec ainsi qu’une académie de baseball.

Éric Gagné est l'un de ceux qui ont décidé de s'impliquer pour aider le développement de son sport au Québec.

Ainsi, selon les différents médias, on parlerait d’un site de 5000 places, à la fine pointe de la technologie et qui deviendrait un pôle majeur pour le développement des jeunes joueurs de baseball québécois. Il agirait aussi comme lieu rassembleur pour inspirer ces mêmes jeunes, un peu comme le sont le Stade Saputo pour le soccer et le Percival-Molson pour le football.

Je me dois de féliciter les efforts de ces quelques hommes de baseball pour tenter de réanimer un sport qui a été si populaire dans la francophonie nord-américaine. La tâche ne sera pas facile. Depuis la moitié des années 90, les inscriptions au baseball sont en chute libre, au profit du soccer qui a même déclassé le hockey. Le tout s’est accentué dans les années 2000, avec la déchéance puis la disparition des Expos. La pente à remonter est raide, très raide.

Le grand Zamour

La relation entre les habitants de la province et le baseball peut très bien se comparer avec une relation amoureuse. Au tout début en 1928, ce n’était rien de sérieux. Les Montréalais fréquentaient le Stade Delorimier pour y voir les Royaux. Une relation ouverte comme certains appellent.

Avec ses 22 000 places, le Stade Delorimier était parfait pour donner aux Montréalais le goût du baseball. Le futur stade de baseball de Montréal pourra-t-il faire le même travail?

Puis les années avancent et la fréquentation devient sérieuse. On tombe réellement en amour quand l’équipe devient le club école des Dodgers de Brooklyn de la Ligue Nationale. On vit de beaux moments avec notre amour comme le passage dans la métropole des Roberto Clemente, Gene Mauch, Tom Lasorda et plus particulièrement celui qui a brisé la barrière de la couleur au baseball, Jackie Robinson.

Malgré la disparition des Royaux en 1960, la ville a faim de baseball. Une sorte de relation à distance. C’est pendant ces années que la famille Bronfman trame le retour de ce sport à Montréal, et cette fois, ce sera dans les Ligues majeures de baseball. Le mariage! Enfin, on peut se pavaner à travers l’Amérique et fièrement montrer à tout le monde notre belle bague. Pendant quelque temps, l’équipe fait sa préparation au Parc Jarry avant de revêtir sa grande robe blanche et d’entrer à l’église, le Stade Olympique.

Pendant ces années, tout va comme sur des roulettes. On est en amour avec nos Zamours.  Les ébats se déroulent chaque soir d’été, agrémentés des cris stridents de Rodger Brulotte. À défaut de concevoir un enfant (ou une série mondiale), le plaisir est au rendez-vous.

Felipe et Moises Alou ont été deux des grands noms à enfiler la chemise des Expos. Si le paternel est resté jusqu'en 2001, le plus jeune a dû quitter le bateau après la saison 1997 faute d'une offre raisonnable de l'équipe.

Puis, vient 1994… l’adultère. Pour la première fois, nos Zamours commettent l’irréparable et s’envoient en l’air avec plusieurs équipes. Les noms qui quittent font mal, très mal. La relation n’est pas terminée, mais les deux partis devront faire une thérapie de couple.

Malheureusement, plus les années avancent, plus les Expos ont des aventures ici et là. Les Québécois se sentent blessés et préfèrent dormir dans la chambre d’ami plutôt que dans le trop grand lit couvert du couple.  La blessure est trop vive, la relation ne peut ressusciter. C’est le divorce au début des années 2000. Jusqu’en 2004, on sépare les meubles pour le déménagement. Pour éviter qu’ils soient témoins de la chicane, les enfants sont même envoyés dormir à quelques reprises chez leurs amis à Porto Rico.

Finalement, en 2004, après une agonie beaucoup trop longue, c’en est fini de nos Zamours.

Depuis, le Québec n’ose plus tomber en amour. Blessé, il s’est tourné vers d’autres loisirs comme le Canadien, même en juillet. Dans sa tête, il se dit : «plus jamais je ne vais me faire avoir par une concession de baseball. »

Pas par pas

Cette belle analogie démontre bien toute la difficulté qu’aura un groupe pour ramener le baseball à un niveau acceptable de popularité à Montréal. Comme le disait le slogan : La Ville est hockey. Puis quand il fait chaud, elle se tourne légèrement vers le soccer et le football en attendant le retour du Canadien. Bref, personne ne parle de baseball parce que la Métropole, comme un amoureux blessé, a peur de s’abandonner à nouveau.

Cette reconquête devra se faire progressivement, comme ce fut le cas à l’époque avec les Royaux. Un petit stade, une belle ambiance, une équipe professionnelle et une rivalité avec Québec pourraient créer cette magie que les partisans des Zamours ont oubliée avec le temps. La bonne nouvelle est que le groupe qui s’est présenté devant la presse lundi est rempli de gens crédibles et motivés, des passionnés de baseball.

Mais le plus important sera de faire disparaître les Expos de la mémoire des Montréalais. Ce sera difficile, mais il faut arrêter de vivre dans le passé. Avant de retomber en amour, il faut oublier son ancienne copine.

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About Nicolas Ducharme

Journaliste à L'Écho de Trois-Rivières, Nicolas Ducharme détient un baccalauréat en Communication sociale à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Il a débuté sa carrière dans les médias sur les ondes de CFOU 89,1FM dans la région de Trois-Rivières avec l'émission Inconduite de partie. Au fil des mois, le site internet de l'Inconduite s'est ajouté, où il tient une chronique régulière. Au fil du temps, il a couvert les activités de la LHJMQ, du sport universitaire et de la course automobile, NASCAR et terre battue.