Le conflit dans la NFL semble à toutes fins près réglé. Selon ESPN, il ne resterait que quelques détails à régler pour que les joueurs puissent rechausser les souliers à crampons. Des deux côtés, on espère signer une entente lors des assises de la ligue le 21 juillet. Malheureusement pour les joueurs, je doute fortement qu’ils sortent gagnants du débat.
Soyons francs, il était certain que le lockout allait connaître un dénouement avant la date fatidique du début des camps professionnels. La situation est bien différente du dernier conflit de travail dans le sport professionnel, celui de la LNH. Dans le monde du hockey, la survie de plusieurs clubs était en jeu et on se devait absolument de plafonner les salaires des joueurs, alors que dans l’univers du ballon ovale, on discute plutôt de comment se partager les profits.

Est-ce que Roger Goodell, comissaire de la NFL, et DeMauricie Smith, directeur de la NFLPA, réussiront-ils à se serrer la main pour de bon?
Les deux côtés ont beaucoup trop à perdre si jamais la saison ne débutait pas. Chez les propriétaires, ce sont des millions en profits qui disparaitraient, alors que du côté des joueurs, c’est une année complète de salaire qui s’envole. Quand on sait que la carrière moyenne dans la NFL est d’une durée 3,5 ans, on ne peut se permettre de perdre une campagne. Du côté des vétérans, l’idée de voir deux vagues de jeunes joueurs repêchés arriver en même temps au camp d’entraînement de 2012 et ainsi menacer leurs postes n’a rien de rassurant.
Mais en bout de ligne, j’ai la forte impression que les joueurs ne sortiront pas gagnants des discussions. J’aurais aimé les voir se tenir debout et briser l’emprise que les organisations ont sur eux et la facilité avec laquelle ils peuvent se départir d’un joueur comme s’il était du bétail.
Selon ESPN, les points majeurs à discuter sont au niveau des salaires octroyés aux joueurs fraichement repêchés, qui, on le sait, sont les plus grassement rémunérés du sport professionnel nord-américain. Il était temps que des recrues arrêtent de toucher des salaires dignes des meilleurs joueurs de la ligue, alors qu’ils n’ont jamais évolué sous les réflecteurs professionnels. Comment oublier le faramineux contrat donné à JaMarcus Russell, 68 millions pour six ans. On se souvient de la suite… Russell a été aussi performant dans la NFL qu’une truite en plein milieu du désert.
On parlerait maintenant de couper la pomme en deux pour ce qui est des montants totaux accordés aux recrues, qui ne dépasseraient pas 34 millions sur cinq ans. Tout juste assez pour se payer une paire d’espadrilles. Il s’agit ici de la seule facette où j’appuie les propriétaires dans ces négociations.
La tarte des revenues
Selon les experts du domaine, la tarte des revenus, que se divisent les joueurs et les propriétaires de la NFL, serait dorénavant fixée à 52% pour en faveur des hommes en cravates. C’est donc dire qu’à eux seuls, les 32 proprios toucheront plus que l’ensemble des 1900 joueurs de la ligue. C’est beaucoup d’argent quand on sait que la NFL engrange des revenus de 9,6 milliards par saison. On est loin de la LNH et de ses propriétaires qui peinent à atteindre la rentabilité. D’ailleurs, de cette tarte de 9,6 milliards que se partagent joueurs et les cravatés, un milliard supplémentaire serait le montant que les proprios tenteraient de s’approprier à eux seuls. La raison : ce milliard serait investi dans les infrastructures, comme les stades. En bout de ligne, ces investissements engrangeront des revenus supplémentaires pour les proprios. Il faut donc comprendre que les joueurs payeront pour financer des loges, facilités et concessions dont les profits ne reviendront pas dans leurs poches.

Comment les propriétaires peuvent-ils demander un milliard de la tarte des revenus alors que certains ont les moyens de construire des amphithéâtres d'une valeur de 1,3 milliard comme Jerry Jones à Dallas?
Aucun propriétaire de la NFL n’est pauvre, au contraire, ils engrangent des profits faramineux. Il me semble qu’il va de soit que c’est leur rôle de financer ces infrastructures. Oui, une partie des revenus supplémentaires retournera aux joueurs selon le principe du 48-52% expliqué précédemment, mais comme le dit l’adage : un tient vaut mieux que deux tu l’auras. Ou dans ce cas : les joueurs sont mieux de conserver leur milliard que de peut-être le revoir plus tard.
Bien sûr, ce n’est pas toutes les équipes qui engrangent les mêmes profits. Il est clair que Ralph Wilson et ses Bills de Buffalo/Toronto ne passent pas à la caisse avec le même dépôt que Jerry Jones et ses Cowboys. Mais quand je regarde l’excentrique stade de 1,3 milliard qu’a bâti Jones, comment ne pas en venir aux conclusions que les propriétaires doivent trouver un moyen de s’entraider.
Les joueurs à plaindre?
À l’opposée, il est difficile de plaindre les athlètes. Depuis longtemps, les amateurs de sports en ont contre les salaires faramineux versés aux athlètes professionnels, comme les 16 millions que fait Eli Manning à chaque campagne. Indécent. Un joueur de la NFL empoche en moyenne 1,9m par année. De gros bidous pour jouer 16 parties par années.

Pour tous les Eli Manning et son salaire de 16 millions par année, il y a des dizaines de plombiers.
Mais il faut prendre les choses en considération. Le salaire moyen n’est pas le reflet de la situation des joueurs de la NFL. Selon Businessweek, le salaire médian d’un footballeur était de 770 000$ en 2010. C’est donc dire que la moitié des joueurs de la ligue empochent moins que cette somme. Nous sommes loin des 1,9 millions. Toujours selon Businessweek, la carrière moyenne d’un footballeur est de 3,5 ans. Si on effectue une simple multiplication, on se rend compte que le montant qu’empochera le joueur moyen de football est loin d’être faramineux. Pour tous les Manning, il y a des dizaines de plombiers. Voilà pourquoi j’estime que l’Association des joueurs et DeMaurice Smith ne se tiendraient pas debout si elle acceptait de laisser un milliard supplémentaire des revenus aux propriétaires.
Fort heureusement pour les athlètes, il semblerait que la possibilité de voir deux parties de saison régulière être ajoutées au calendrier ne s’est pas réalisée. Si l’idée avait fait plaisir aux amateurs et aux poches des propriétaires, elle n’aurait rien donné de bon pour les athlètes. La ligue est de plus en plus violente, les plaqués de plus en plus physiques et la santé des joueurs de plus en plus à risque, alors rajouter deux parties n’aurait fait qu’enrichir les proprios sans donner de réels bénéfices aux joueurs. Si la NFL veut absolument un calendrier de 18 parties, sa main d’œuvre devra alors vendre ce droit très cher. Et par le fait même, demander que deux parties hors-concours soient éliminées, parce que le football pré-saison, tout le monde s’en fout!
Retour au travail
Avec le conflit qui tire à sa fin, les dirigeants de la NFL sont à établir un calendrier de retour au travail. Tout sera condensé et on parle d’une période de 72 heures où les équipes pourront signer leurs propres agents libres. Imaginez la folie. La période des joueurs autonomes risque d’être réduite, ce qui donnera un bon spectacle. En fin de compte, si la NFL parvient à démarrer à temps, les partisans oublieront vite ce lockout et afflueront vers les enceintes sportives par milliers. On oublie rapidement dans le monde du sport.


